accompagner les allocataires du rSa vers lemploi de qualité
Les données disponibles ainsi que les comparaisons internationales semblent indiquer que le rSa contribuera à la croissance du taux demploi. En revanche, son impact sur la durée du travail et le niveau des salaires ne semble pas déterminé a priori. Il dépendra largement des mesures qui pourront être mises en oeuvre, notamment dans les branches professionnelles, pour réduire le niveau de précarité de lemploi.
Les partenaires sociaux portent une attention particulière à la création de mécanismes susceptibles de prévenir plusieurs effets potentiellement induits par la réforme :
le rSa, comme complément de rémunération, pourrait être détourné
de son objectif initial en créant un effet daubaine pour lemployeur
qui substituerait de laide au salaire direct, exerçant ainsi une pression
négative sur les trajectoires salariales;
le rSa pourrait conduire plus demployeurs à proposer des emplois à temps
partiel ou très partiel et plus de salariés à les accepter ; le risque ainsi
pointé est celui dune dégradation de la qualité de lemploi notamment
par le développement du temps partiel subi ;
le rSa, par son barème dégressif, pourrait peser sur la décision de participation
au marché du travail des femmes en couple.Il importe de relativiser lensemble de ces risques. En particulier :
les effets sur les salaires dépendent largement de la réponse des employeurs
et du contexte institutionnel, notamment des règles régissant la fixation
des salaires ; or en France lexistence du SMIC protège au moins pour partie
les salariés contre ce phénomène, notamment pour le travail peu qualifié ;
le rSa ne sera pas versé sur la feuille de paie et intégrera des paramètres
que lemployeur ne connaît pas (situation familiale, ressources du ménage
dorigines non professionnelles comme les pensions alimentaires), si bien
quon ne peut considérer quil fera du rSa un élément de détermination
du niveau des salaires; il ne pourra ni connaître ni déterminer le montant
du rSa versé à un salarié en fonction du salaire quil verse;
les effets du rSa sur le temps de travail dépendent des caractéristiques
du marché du travail et des besoins des entreprises; ainsi, les études disponibles
sur les exemples étrangers ne mettent pas en évidence deffet marqué
sur le développement du temps partiel ; en outre, il est possible de concevoir
le barème de façon à limiter les incitations au développement du temps partiel,
notamment en prévoyant des points dinflexion;
limpact du rSa sur la distribution de lemploi au sein des couples est a priori
indéterminé; les études disponibles mettent en évidence des effets négatifs
mais dampleur limitée sur les femmes en couple : leffet global sur lemploi
des mesures étudiées demeure positif ; en outre, il est possible de moduler
le barème pour offrir aux couples biactifs un supplément de prestation
et contrecarrer ainsi déventuels effets négatifs.Sur ces questions, le conseil dorientation de lemploi a été saisi et fera des propositions, notamment pour garantir une bonne articulation des initiatives prises par les partenaires sociaux et par lEtat.
Deux questions sont soumises à la consultation : Quelle logique dincitation des entreprises à la qualité de lemploi mettre en oeuvre? Faut-il limiter dans le temps le versement du rSa aux personnes qui travaillent ?
question 1 : quelle logique dincitation des entreprises à la qualité de lemploi ?
Les effets du rSa sur la nature de lemploi et lévolution des salaires, qui ne doivent pas être surestimés, mettent en jeu plusieurs mécanismes dincitation à légard des salariés et des employeurs. Le renforcement du soutien aux travailleurs pauvres aura pour effet de rendre plus supportables les situations demploi à temps partiel. Le risque est souligné dun effet paradoxal du rSa, qui serait de favoriser la pérennisation de lemploi à temps partiel. Cet effet irait à rebours des objectifs poursuivis daugmentation du niveau demploi et de sécurisation des parcours professionnels.
Le rSa sera-t-il un effet daubaine pour les employeurs qui pourraient y voir une aide se substituant à des augmentations de salaire? Les garde-fous contre cet effet semblent sérieux. Ils tiennent principalement aux conditions de versement du rSa, sur lesquelles les employeurs nont aucune prise. Comme les expériences étrangères le suggèrent, si le rSa ne figure pas sur la feuille de paie, et compte tenu du fait que son montant dépend de nombreux paramètres étrangers à lentreprise (pension alimentaire, prestations familiales…), ce ne sera pas un élément sintégrerant au calcul économique de lentreprise, pas plus que ne lont été jusquà présent la PPE ou les aides au logement.
Dun risque, pourquoi ne pas faire une occasion en envisageant de faire du rSa un instrument daccroissement du temps de travail et de revalorisation des salaires.
Pour cela, il pourrait être proposé dintervenir au niveau de la négociation de branche.
Dans une branche, il est possible de suivre lévolution du temps partiel et le niveau des salaires? Cest une fonction, lorsquils existent, des observatoires de branche.
Ce suivi peut mettre en évidence leffet favorable de laccroissement du temps moyen de travail et des salaires de branche sur le niveau moyen de rSa versé en moyenne par salarié. En effet, plus le temps partiel se réduit et plus les salaires augmentent, plus le montant du rSa versé aux salariés de cette branche diminue. Dans ces conditions, laugmentation de la masse salariale attribuée en moyenne par salarié génère des économies pour la collectivité, car elle se traduit par une diminution du coût du rSa.
On pourrait sur cette base concevoir divers mécanismes visant à restituer aux entreprises de la branche une partie des économies réalisées.
question 2 : faut-il limiter dans le temps le versement du rSa aux personnes qui travaillent ?
En soutenant davantage les travailleurs pauvres, le rSa risque-t-il de rendre plus soutenables et plus acceptables les situations de travail à temps partiel ? En réduisant les gains financiers liés au passage du temps partiel au temps plein, le rSa ne risque-t-il pas de créer des incitations contre-productives à légard des salariés ?
Des réponses à ces questions existent dans la construction même du rSa. Celui-ci est en effet conçu pour que lintéressé tire un gain net positif de toute augmentation de sa quotité de travail : la prestation est précisément construite pour rendre toujours attractif financièrement le passage du temps partiel au temps plein. Certes on peut considérer que certains salariés feront le choix de réduire leur activité en considérant que la perte de revenus qui y sera associée sera moindre que par le passé. Leur temps partiel sera dans cette configuration choisi et non pas subi.v
Faut-il prévoir dautres mécanismes correcteurs pour réduire le risque dune installation dans le temps partiel des allocataires du rSa? Faut-il notamment soit limiter dans le temps, soit rendre dégressif à travers le temps le rSa versé aux salariés à temps partiel ? Cette solution semble efficace contre laccroissement du temps partiel puisquelle ne rend que temporaire son impact sur lécart de revenus entre temps partiel et temps plein. Elle change les effets du rSa, dont elle fait principalement un amortisseur transitoire contre les aléas du marché du travail et accessoirement une mesure de soutien temporaire aux travailleurs pauvres.
Le succès du rSa est étroitement lié à la qualité du dispositif daccompagnement vers et dans lemploi qui sera mis en place en complément de la prestation. Le mot «accompagnement» désigne une grande variété dinterventions. La question est dès lors de préciser ce dont il sagit.
Il est possible de définir un certain nombre de principes :
lensemble des bénéficiaires du rSa ne sera pas accompagné : une fraction
importante des bénéficiaires du rSa est en emploi et parfaitement insérée sur
le marché du travail ; il ny a pas lieu de lui imposer une démarche particulière;
lensemble des bénéficiaires du rSa doit pouvoir être accompagné
sil le souhaite : il faut concevoir des dispositifs ouverts, non cloisonnés
et adaptés aux personnes;
les interventions doivent avoir pour principal objectif une insertion
professionnelle durable et de qualité, à court terme ou à plus long terme;
laccompagnement doit pouvoir se prolonger dans lentreprise ;
laccompagnement des personnes sans emploi, dès leur entrée dans
le dispositif, doit sinscrire dans le prolongement et le renforcement
des actions du service public de lemploi
dans le contexte nouveau créé
par la fusion de lANPE et des ASSEDIC
et des constructions réalisées
depuis 2003 par les conseils généraux, ainsi que des expérimentations
conduites par les CAF. Il sagit de remobiliser les compétences personnelles
et sociales visant à inscrire les bénéficiaires dans un parcours progressif
et dynamique de retour à lemploi. Cet accompagnement est solidaire
dune logique de droits et de devoirs au terme de laquelle les personnes
privées demploi sont tenues de sinscrire dans une logique dinsertion
et/ou de recherche active demploi, compte tenu de leurs caractéristiques
et de leurs besoins.Pour mettre en application ces principes, une fonction dorientation semble simposer dès louverture des droits pour déterminer si un accompagnement doit être déclenché ou non et, le cas échéant, de quelle nature. Lorganisation de cette fonction reste à préciser. Les éléments convergent néanmoins pour confier lorganisation de cette fonction aux organismes payeurs de la prestation, qui pourront lexercer soit directement soit la déléguer aux organismes habilités à instruire les droits.
La question se pose par ailleurs de savoir sil faut conditionner le versement du rSa à linscription de lallocataire sur la liste des demandeurs demploi. Cette question est soumise à la consultation.
question 3 : faut-il que les allocataires du rSa soient systématiquement inscrits sur la liste des demandeurs demploi ?
Une partie importante des futurs bénéficiaires du rSa qui ne travaillent pas ne sont pas inscrits comme demandeurs demploi. Ils ne sont pas suivis par lANPE : il sagit de la majorité des allocataires du RMI dont seulement un tiers sont inscrits sur la liste des demandeurs demploi ; de la plus grande partie des titulaires de lAPI. Les allocataires de lASS sont, par construction, inscrits à lANPE.
Cette situation est problématique à bien des égards. Elle ne mobilise pas le service public de lemploi pour le public qui a le plus besoin de ses services. Elle ne permet pas de faire jouer une véritable logique de droits et de devoirs dans la mesure où les devoirs des allocataires concernent principalement la recherche demploi.
Bien souvent les conseils généraux ont su contourner cette difficulté en construisant leurs propres dispositifs daccompagnement professionnel, voire, parfois, en mettant sur pied leur propre système de prospection et de placement. Ces stratégies sont parfois payantes en permettant aux acteurs locaux dexpérimenter des schémas dintervention plus intensifs et/ou plus adaptés à leurs publics.
La création du rSa, peu après la réforme du service public de lemploi avec la fusion ANPE/UNEDIC, fait voir les choses sous un jour nouveau. Les motifs qui ont conduit jusquà présent à ne pas exiger des allocataires dun revenu minimum garanti dêtre inscrits, sauf dérogation motivée, sur la liste des demandeurs demploi, doivent être révisés :
ces personnes seraient «trop éloignées de lemploi» : cet argument se heurte
au constat que les allocataires des minima sociaux sont de plus en plus des
personnes ayant les caractéristiques de lemployabilité et sollicitant un emploi.
le lien à lemploi pourrait sorganiser de manière satisfaisante hors du service
public de lemploi : cet argument se heurte au fait quil nest pas possible
dattendre des devoirs crédibles des allocataires de minima sociaux si lon ne
formalise pas les conditions dans lesquelles ils recherchent un emploi.Cest pourquoi on peut se demander dans quelles conditions lévolution de loffre de services du nouvel opérateur, compte tenu de ses moyens, peut conduire à envisager, pour les allocataires du rSa chômeurs, une obligation dinscription sur la liste des demandeurs demploi.
source:premier-ministre.gouv.fr, Livre vert.rSa.

Lapport des expérimentations