avant-propos

Il y a vingt ans, on pouvait vivre en France sans avoir droit au moindre revenu. La loi du 1er décembre 1988, en créant le RMI (revenu minimum d’insertion), a mis fin à cette situation. Toute personne résidant régulièrement en France a désormais droit à un revenu minimum, en mars 2008 de 447 euros par mois pour une personne seule. Le RMI est l’un des 9 minima sociaux, avec notamment l’allocation adulte handicapé (AAH), le minimum vieillesse, l’allocation parent isolé (API), l’allocation spécifique de solidarité (ASS). Six millions de personnes ont des ressources qui dépendent de ces minima.

Ces personnes vivent pour la plupart sous le seuil de pauvreté. Le seuil de pauvretéest calculé en prenant 60 % du revenu médian de la population française, c’est-à-dire actuellement 817 euros par personne et par mois. On peut d’ailleurs être pauvre en travaillant. C’est le cas d’une personne seule qui travaille à mi-temps, payée au SMIC, ou d’une mère isolée de deux enfants qui travaille à plein-temps, toujours au SMIC. Les travailleurs pauvres sont les personnes qui, bien que travaillant, ont des revenus totaux(c’est-à-dire le salaire et les prestations sociales) inférieurs au seuil de pauvreté. On estime qu’elles sont 1,5 million.

Depuis plusieurs années, la proportion de la population française qui vit sous le seuil de pauvreté ne diminue plus, et 7,1 millions de personnes sont aujourd’hui dans cette situation. Le nombre de personnes vivant du RMI a augmenté très sensiblement, de même que la part des travailleurs pauvres. De plus en plus souvent, il s’avère que la reprise du travail non seulement ne fait pas sortir de la pauvreté, mais ne permet pas d’augmenter ses revenus. Il est des cas où la reprise du travail se traduit par une stagnation des ressources. Les gains du travail sont annulés par la diminution des prestations sociales versées en l’absence d’emploi. Parfois, la reprise du travail conduit à un appauvrissement :
dépenses supplémentaires (transports, garde d’enfants) sans augmentation des revenus.

Cette situation n’est pas nouvelle. Mais les solutions apportées jusqu’à présent n’ont pas été suffisantes pour y remédier. En 1998, dix ans après la création du RMI, a été inventé un système d’intéressement, permettant aux allocataires du RMI de conserver une partie de leurs allocations pendant la première année de retour au travail. Une loi de 2006 a transformé ce mécanisme en prime forfaitaire. Parallèlement, pour inciter au retour au travail, a été créée en 2001 une prime pour l’emploi. Mais il a été montré que la prime pour l’emploi (PPE) n’a pas eu l’effet incitatif attendu : son effet, dilué sur une très large population, est trop faible. Ces différentes réformes, conjuguées avec les différentes aides locales, ont abouti à un système d’une complexité telle qu’il est difficile de prédire les revenus d’une personne qui reprend un travail, augmente son activité ou tout simplement bénéficie d’une augmentation de salaire.

Pendant cette période, l’écart entre le revenu minimum et le salaire minimum s’est accru.
Le système n’est plus tenable. Avec les règles actuelles, une augmentation du RMI accroît le nombre des situations dans lesquelles le retour au travail n’est pas rémunérateur.

Les augmentations du SMIC, quant à elles, n’ont pas évité l’émergence de travailleurs pauvres, et une augmentation du coût du travail peut avoir un effet d’éviction du marché du travail de personnes peu qualifiées.

C’est pour répondre à ces problèmes  retour au travail non rémunérateur, pauvreté au travail, soutien au pouvoir d’achat des personnes à faible revenu, complexité du système d’aide  qu’a été conçu le revenu de Solidarité active (rSa).

Il résulte des réflexions d’une commission créée en 2005 pour proposer des mesures de réduction de la pauvreté et composée de personnalités issues des associations de lutte contre l’exclusion, des associations familiales, des syndicats, des entreprises, des collectivités territoriales et du Parlement.

Qu’est-ce que le revenu de Solidarité active ?
Le revenu de Solidarité active est une prestation sociale, calculée en fonction des revenus du travail, de la situation familiale et des autres ressources d’un ménage. Il joue le rôle de revenu minimum, quand les ménages n’ont aucune ressource. Il complète les revenus du travail, pour ceux dont les revenus sont trop faibles pour sortir de la pauvreté ou se situent au bas de l’échelle des salaires. Le revenu de Solidarité active est conçu de telle sorte qu’une augmentation des revenus du travail se traduise toujours par une amélioration des ressources. Ce n’est plus une allocation différentielle dont on soustrait les revenus du travail.

Pourquoi le revenu de Solidarité active est-il plus simple ?
Le revenu de Solidarité active apporte une simplification considérable, par rapport au système actuel. Il se substitue à plusieurs prestations. Il est destiné à remplacer le RMI, l’API, la PPE, les primes de retour à l’emploi et peut-être l’ASS. Sa mise en oeuvre pourra s’accompagner d’une réforme de l’AAH pour que les personnes handicapées qui perçoivent cette allocation ne soient pas pénalisées lorsqu’elles reprennent du travail.

Pourquoi est-il plus équitable ?
Aujourd’hui, deux personnes qui ont le même salaire, les mêmes charges de famille peuvent avoir des ressources différentes, selon qu’elles sont ou non passées par les minima sociaux. Les personnes qui ont perçu le RMI l’année précédente conservent une fraction de cette allocation alors que d’autres ne perçoivent que leur salaire. Le rSa rétablit une équité en donnant aux travailleurs pauvres et à bas salaire, calculé en fonction des charges familiales.

Pourquoi réduit-il la pauvreté ?
Le rSa a deux effets sur la pauvreté. Il a un effet immédiat pour les travailleurs pauvres qui voient leurs revenus complétés. On estime qu’avec la mise en place du rSa ce sont près de un million de personnes qui pourraient franchir immédiatement le seuil de pauvreté.
En outre, il apporte un complément de pouvoir d’achat à plusieurs millions de personnes en bas de l’échelle des salaires. Mais le rSa a aussi un effet indirect sur la pauvreté.
En garantissant que le travail devient rémunérateur, il permettra à des personnes allocataires du RMI de pouvoir reprendre du travail plus facilement qu’aujourd’hui.

Pourquoi incite-t-il à reprendre le travail ?
Le système actuel est désincitatif. Ce constat n’emporte pas de jugement moral.
Il signifie simplement que, lorsque les ressources d’une personne sont très faibles, il n’est pas possible de lui demander de reprendre un travail pour des ressources qui n’augmentent pas, voire qui diminuent. En supprimant cet effet, on fait donc sauter un obstacle au retour au travail. Avec le rSa, toute personne seule qui reprend un travail verra systématiquement ses ressources mensuelles augmenter.

Qui sera concerné par le rSa ?
Parmi les bénéficiaires les plus nombreux seront des personnes qui travaillent, qui toucheront ainsi davantage que la prime pour l’emploi. Les autres bénéficiaires seront les allocataires de minima sociaux. Pour eux, la création du rSa sera neutre s’ils ne reprennent aucune activité. Elle sera positive dès la première heure travaillée.

Quelles sont ses implications?
Le rSa s’inscrit dans une politique plus générale d’insertion professionnelle et sociale.
Sa création doit conduire à mieux accompagner vers l’emploi des personnes qui souvent ne bénéficient d’aucun mécanisme d’insertion professionnelle. Ces dimensions essentielles de la réforme sont discutées dans le cadre du « grenelle de l’Insertion ». La création du rSa offre l’occasion de repenser l’insertion professionnelle pour qu’il n’y ait plus des catégories de personnes auxquelles rien n’est proposé dans ce domaine.

Qu’attendre des expérimentations ?
Le processus des expérimentations permet d’apporter des enseignements précieux pour l’élaboration de cette réforme :
 il teste la capacité d’acteurs différents à se coordonner sur un projet commun qui concerne aussi bien l’accompagnement social que l’insertion professionnelle;
 il donne des éléments de réponse aux multiples questions de faisabilité technique, de calcul et de versement d’une prestation nouvelle;
 il fournit des connaissances précises sur les comportements des acteurs ;
 il produit des données solides sur les coûts et les économies générés par le nouveau dispositif en fonction des conditions de retour vers l’emploi ;
 il permet de mieux identifier les autres obstacles au retour à l’emploi et la manière d’y apporter des réponses sur mesure;
 il donne des éléments de comparaison entre les territoires concernés par l’expérimentation et ceux qui ne le sont pas, soumis à évaluation par un comité indépendant.

Comment réussir le rSa ?
Si le rSa apporte des simplifications considérables, la transition d’un système à un autre n’est jamais facile. Les expérimentations conduites par de nombreux départements volontaires sur une partie de leur territoire permettent de tirer des enseignements pour une mise en oeuvre efficace. Les expérimentations apportent des garanties sur la faisabilité opérationnelle du rSa.
La deuxième condition de réussite du rSa tient à ce que ses effets ne soient pas amoindris par un comportement d’employeurs qui prendraient prétexte de ce complément de revenu pour justifier des salaires faibles et des emplois précaires. Ce sera l’objet de la discussion qui s’ouvre au printemps avec les partenaires sociaux dans le cadre du conseil d’orientation pour l’emploi de leur faire prendre des engagements qui conjurent ce risque.

La troisième condition tient à l’instauration d’un véritable équilibre entre les droits et les devoirs des bénéficiaires afin de renforcer leur incitation à exercer un emploi.

source:premier-ministre.gouv.fr, Livre vert.rSa.
Un livre vert... ouvert

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