construire une gouvernance qui laisse toute leur place aux acteurs locaux
La mise en oeuvre de lexpérimentation du rSa peut différer dun département à lautre. Le barème et laccompagnement des bénéficiaires ont été construits en fonction de problématiques locales. Cette souplesse dapproche a emporté ladhésion dun grand nombre de départements à lexpérimentation et nourrit la réflexion sur la pertinence dune adaptation du rSa selon les territoires.
Permettre dadapter localement le barème du rSa implique de construire un équilibre entre différentes exigences : ménager des marges de manoeuvre aux collectivités responsables sans toutefois créer de rupture caractérisée dégalité sur le territoire national ni remettre en cause la garantie dun revenu minimum.
Cest pourquoi concevoir une modulation sur le taux de cumul du rSa au niveau local nécessite un encadrement par la loi.
Deux principes semblent simposer à cet égard :
limplication financière des collectivités locales doit saccompagner
de marges de manoeuvre; à linverse, le décideur doit être responsable
de ses choix, y compris financièrement;
la compensation des écarts de richesse entre territoires doit être partagée
entre lEtat et les départements.question 5 : le conseil général doit-il avoir la possibilité de moduler lincitation au retour à lemploi ?
Les marges de manoeuvre données aux acteurs locaux sur le barème du rSa ne doivent pas remettre en cause la garantie sur lensemble du territoire national dun revenu minimum. Cest pourquoi si on peut concevoir que des possibilités de modulation soient laissées au niveau local sur le taux de cumul du rSa, celles-ci devraient être encadrées par la loi et a priori porter davantage sur le taux de cumul du rSa que sur le revenu garanti minimal.
Pour cela, deux scénarios peuvent guider les travaux ultérieurs :
un premier scénario consiste à laisser aux conseils généraux une marge
de décision sur le barème du rSa. Le principe dégalité impose que
la différenciation du rSa ne porte pas sur le revenu garanti ni, vraisemblablement,
sur le revenu de sortie du rSa. La latitude pourrait être laissée aux conseils
généraux de déterminer le ou les taux de cumul du rSa, dans le respect
de certains principes : garantir une progression régulière des ressources
en fonction des revenus du travail ; respecter des objectifs de réduction
de la pauvreté, etc. Une première garantie sinspirant de ce qui existe pour
les prestations daide sociale pourrait être donnée par la fixation dun barème
socle. On pourrait en outre concevoir que la marge de manoeuvre laissée
aux conseils généraux sur le barème du rSa ne puisse sexercer quavec
laccord de lEtat, formalisé dans une convention, de façon à assurer le respect
de ces principes.
un deuxième scénario consiste à distinguer deux étages au sein du rSa
dont lun aménage des marges de manoeuvre au niveau local et lautre assure
le respect du principe dégalité. Létage de base serait ainsi principalement
constitué dune aide monétaire. Létage complémentaire pourrait regrouper
des prestations en nature ou de services (mobilité, garde denfants, formation)
attribuées sous forme de plan daide avec des barèmes de référence nationaux.La faisabilité et la pertinence dune telle modulation reposent sur la capacité à faire évoluer les nombreuses aides locales aujourdhui attachées au statut de bénéficiaire de minima sociaux. De nombreux droits locaux sont en effet encore connexes à un statut et perdus en cas de reprise durable demploi. Compte tenu de leur barème et de laddition des dispositifs, ces aides connexes sont des éléments importants des effets de seuil au moment de la reprise dactivité. Comme elles relèvent de la responsabilité dun grand nombre dacteurs (conseils régionaux et généraux, municipalités, intercommunalités, CCAS), personne nest aujourdhui véritablement responsable de cette difficulté, et la nécessité de soutenir davantage les ménages les plus en difficulté fait oublier celle de rendre possible le retour à lemploi.
Changer de logique sur ce point est essentiel à la réussite du rSa. Cela signifie dexaminer au cas par cas les aides et, autant que possible, de sortir de la logique du statut pour promouvoir des barèmes dégressifs en fonction du revenu. Le Sénat, dans un rapport rédigé par Valérie Létard, a fait des propositions dencadrement. Elles ont été traduites dans une proposition de loi adoptée en première lecture en janvier 2007.
Par construction, le rSa permettra une remise à plat. En faisant disparaître les anciens statuts, il imposera de revoir les barèmes et les conditions dattribution de la plupart des aides. Faut-il aller plus loin ? La question se pose de linscription des droits locaux dans le barème du rSa, comme cela est fait parfois dans les expérimentations. Cette question renvoie néanmoins à une autre question, qui est celle dun éventuel rôle de chef de file des conseils généraux à légard des autres collectivités pour organiser la mise en cohérence de laide sociale.
Ladaptation locale du rSa et la manière de faire évoluer les droits connexes locaux sont ainsi soumises à la consultation :
question 6 : comment faire évoluer les droits connexes et les aides facultatives versées localement ?
De nombreux dispositifs daide ont été mis en place par lEtat, par les organismes de protection sociale et par les collectivités territoriales, voire leurs groupements, qui sont attachés au statut dallocataire de minima sociaux. Ces aides peuvent représenter, selon les données disponibles, jusquà 20 % des ressources des personnes ayant les plus bas revenus2. Ces aides, dites facultatives, ne seront pas intégrées dans le rSa. Mais la création du rSa ne doit-elle pas être loccasion de les réorienter ou den favoriser une meilleure coordination ?
Un schéma relativement simple pourrait être proposé. Le rSa apporte un soutien au revenu, indépendant du statut de la personne, mais variant avec sa situation familiale et ses revenus du travail. Le rSa est une prestation objective, avec un barème départemental, sinon national. Les autres aides pourraient, plutôt que dapporter un soutien aux revenus, être mieux coordonnées pour permettre le financement daides sur mesure, facilitant le recours à la garde denfants, la mobilité, ce quelles font parfois déjà, pour une partie dentre elles. Cela permettrait une clarification des différentes aides.
Cette évolution est-elle souhaitable? Peut-elle se faire spontanément?
Comment peut-elle être favorisée par lEtat ?
2 LHorty et Anne, Transferts sociaux locaux et retour à lemploi , Economie et Statistique, No.357-358, 2002.
Au regard des évolutions passées survenues dans les rapports entre lEtat et les départements en matière de politiques de lemploi et dactions sociales, il serait peu opportun de bouleverser, à travers la création du rSa, des équilibres qui ont mis du temps à se construire. Aucune des solutions extrêmes de recentralisation complète du rSa ou de décentralisation totale nest satisfaisante, chacune soulevant, selon le choix, des problèmes dordre constitutionnel, de remise en cause de la pause annoncée en matière de décentralisation, ou liés au rôle de chef de file des départements en matière dinsertion.
La question de la répartition du financement du rSa entre lEtat et les départements, qui sera approfondie dans le cadre de la concertation avec les conseils généraux, est soumise à la consultation :
Décentraliser totalement le rSa se heurterait à de nombreux obstacles. Si lon part de lidée que le rSa est une prestation dun montant minimal de 11 Mds dû3, qui correspondent à 6 Mds dû de RMI, 1 Md dû dAPI, 4 Mds dû de PPE, son transfert aux conseils généraux en complément du RMI conduirait à devoir envisager un nouveau transfert de financement. Cela soulève plusieurs questions : la recette à transférer devrait être identifiée de façon que la dynamique de son produit soit compatible avec celle de la dépense ; le risque financier lié aux variations du rSa deviendrait plus lourd à supporter pour les collectivités départementales; les possibilités constitutionnelles de ce transfert sont incertaines dans la mesure o le principe dautonomie fiscale des collectivités départementales serait plus difficile à préserver 4. On notera cependant que le rapport Lambert cite explicitement le social au nombre des compétences justifiant un approfondissement des décentralisations successives survenues depuis le début des années 1980 au profit des départements.
A linverse, il serait paradoxal que la création dun rSa national implique une recentralisation du RMI. Après plusieurs années de discussions complexes entre lEtat et les conseils généraux sur le transfert réalisé en 2004, lhypothèse de la recentralisation semble peu opportune. Les conseils généraux apparaissent très attachés à leur rôle de chef de file des politiques dinsertion et souhaitent disposer de véritables marges de manoeuvre dans ce domaine.
Une politique dinsertion dynamique aboutit à une réduction de la charge financière de la prestation. Si la collectivité responsable de la politique dinsertion nest pas intéressée à ces gains, on peut sattendre quelle ne produise que des efforts limités. Cest ce constat qui déjà avait présidé au transfert de lallocation de RMI en 2004, et linfléchissement des politiques dinsertion des conseils généraux vers linsertion professionnelle, depuis cette date, atteste de sa pertinence.
Les différentes contraintes plaident sans doute pour une solution mixte offrant aux gestionnaires locaux une assise financière suffisante, limitant leur risque financier tout en les incitant à conduire une politique dinsertion dynamique. En toute hypothèse, ces évolutions ne pourront survenir quaprès un dialogue approfondi avec les conseils généraux à la lumière des enseignements tirés de la décentralisation du RMI en 2004.
3 A ces montants il faut ajouter le surcoût de la réforme présenté plus loin dans le document.
4 7 Mds d de dépenses supplémentaires représentent une hausse denviron 25% des dépenses daide sociale des départements et 12 % de leurs dépenses totales.
Pour concevoir cette solution mixte, la réflexion en cours sur le partage de financement entre lEtat et les conseils généraux dans le domaine de la dépendance des personnes âgées est instructive. En particulier, elle met en évidence limportance de la question qui se pose sur le partage du risque financier en exécution, si les budgets prévus en début dannée et plus généralement les perspectives dévolution du nombre de bénéficiaires sont dépassés. A cet égard, la solution adoptée lors de la création de la CNSA qui consiste à faire supporter aux conseils généraux toute la charge financière liée à un dépassement des prévisions du nombre de personnes dépendantes est difficilement transposable au rSa. Le nombre des allocataires du rSa sera en effet par nature autant lié à des éléments de politique locale de linsertion et de lemploi quà des grands paramètres fixés nationalement : niveau du SMIC, évolutions du régime dindemnisation du chômage, etc. Cette situation commande une réflexion sur la part de risque qui pourrait être assumée par les conseils généraux.
Une concertation approfondie sera engagée avec les conseils généraux pour définir les modalités de la gouvernance du rSa.
Les questions posées seront notamment les suivantes :
question 8 : quelle gouvernance pour le rSa ?
Si loption retenue est celle dans laquelle les conseils généraux se voient confier la responsabilité du rSa, avec un cofinancement par lEtat et les départements, tout en disposant, éventuellement, de marges de manoeuvre sur le barème du rSa, la nature des relations entre lEtat et les départements doit être repensée.
Plusieurs questions se posent :
laccroissement des marges de manoeuvre doit-il sinscrire uniquement
dans le cadre de la libre administration des collectivités territoriales,
lEtat jouant, dans le cadre fixé par la loi, un rôle de financeur, de garant
de légalité sur le territoire et dévaluateur des politiques décentralisées ?
lEtat doit-il créer ou renforcer, via des relations contractuelles nouées
avec les départements, des mécanismes incitatifs, avec une part de financement
liée aux efforts dinsertion des départements ou doit-il maintenir une stricte
neutralité dans ses financements?
comment lEtat peut-il faire davantage de péréquation entre départements
selon leur potentiel fiscal et/ou leur nombre dallocataires? Quel que soit
le scénario retenu, il est certain en effet que les hypothèses qui ménagent
le plus de marges de manoeuvre locales ne peuvent être conçues que si
la répartition des ressources fiscales entre conseils généraux fait lobjet
dune péréquation beaucoup plus vigoureuse quactuellement. A défaut, le risque
est réel dun effet contre-productif des marges données au niveau local :
ce sont les départements les plus riches qui auront les moyens dinvestir
massivement dans le rSa alors même que, en règle générale, ce sont ceux
qui connaissent le moins de difficultés sociales. Cet effort de péréquation
pourrait être une importante dimension dans le cofinancement accordé
par lEtat dans le dispositif.Les organismes débiteurs des prestations familiales
CAF et CMSA , compte tenu
du rôle assumé par eux depuis 1988 et dans les expérimentations, sont les prestataires
les plus naturels pour verser la prestation. Le réseau des CAF et CMSA est parmi les plus
denses et les plus accessibles pour les ménages. Il a une compétence reconnue
pour gérer des bases ressource exhaustives et nombreuses. Il possède déjà beaucoup
des informations utiles pour déterminer le montant du rSa à verser (notamment le montant
des aides au logement et prestations familiales) et assurer ce versement (les coordonnées
bancaires). Il est traditionnellement impliqué dans laccompagnement social de certains
publics, notamment les familles monoparentales. Enfin, il a les pouvoirs et les moyens
pour envisager dans de bonnes conditions les contrôles à conduire pour prévenir les fraudes.Si la compétence de la branche famille pour le versement du rSa fait peu de doute, les modalités de cette intervention restent largement à définir pour garantir le meilleur service aux usagers. Une bonne articulation avec les organismes qui seront chargés de laccompagnement professionnel et social des allocataires du rSa sera recherchée pour éviter la multiplication des interlocuteurs des familles. Il convient à ce titre de sinterroger sur le rôle que pourrait jouer la nouvelle institution issue de la fusion ANPE-ASSEDIC qui connaît une part importante des futurs bénéficiaires du rSa.
Deux questions sont posées : quelle doit être larticulation entre le réseau prestataire pour le versement du rSa et le réseau chargé laccompagnement?
Selon quelles modalités verser le rSa pour garantir la réactivité de la prestation ?
question 9 : quelles doivent être les conditions de versement du rSa en liaison avec les autres opérateurs de laccompagnement ?
La qualité dun dispositif tel que le rSa dépend largement des conditions dans lesquelles il est versé. Nombreuses sont les exigences qui pèsent sur lorganisme qui en sera chargé. Il doit être en mesure de gérer des bases ressource exhaustives. Il doit le faire à un rythme régulier au plus près de la perception des revenus par les bénéficiaires. Il doit verser le rSa rapidement et sans rupture. Il doit, enfin, savoir détecter les fraudes éventuelles.
Le réseau des CAF semble le mieux positionné pour répondre à ce cahier des charges. Il présente linconvénient dêtre, dans son fonctionnement et sa conception de la relation allocataire, éloigné des problématiques demploi, pourtant essentielles pour le rSa. En conséquence, un suivi des droits au rSa pour les bénéficiaires en recherche active demploi par le réseau ANPE/ASSEDIC serait une manière de ne pas séparer laccompagnement vers lemploi et la prestation financière.
Cest pourquoi il convient sans doute de tirer le meilleur parti du cadre institutionnel existant pour spécialiser chacun des réseaux sur le métier quil exerce en priorité la nouvelle entité issue de la fusion ANPE / UNEDIC sur laccompagnement vers et dans lemploi, les organismes débiteurs de prestations sur le service du rSa
tout en permettant
louverture des droits au rSa et le suivi des droits dans les antennes du service public
de lemploi pour les bénéficiaires en recherche active demploi. Dans le même ordre didées,
dautres complémentarités pourront être recherchées avec les CCAS et éventuellement
dautres organismes agréés par les conseils généraux.question 10 : le >rSa doit-il être versé sur la base dune déclaration mensuelle ou dune déclaration trimestrielle de ressources ?
Il nexiste aucune solution idéale pour définir le rythme de déclaration des ressources permettant de calculer le montant dune prestation. Sagissant du rSa, lévaluation mensuelle des droits est une solution séduisante, car elle présente lavantage dêtre plus réactive à la reprise dactivité. Elle lie clairement prestation et activité, là o une liquidation trimestrielle conduit à reporter dans le temps la prise en compte de cet événement pour le calcul des montants dus. A linverse, la liquidation mensuelle induit une plus grande variabilité des droits aux prestations, là o la liquidation trimestrielle accroît la stabilité des ressources. Enfin, la fréquence de la déclaration de ressources a un coût tant pour le réseau opérateur qui appelle, réceptionne et traite les pièces, que pour lallocataire qui renseigne et renvoie ces mêmes pièces. Là non plus, la question ne se pose pas dans les mêmes termes selon que lallocataire est dépourvu de toute ressource, bénéficie de ressources stables tout au long de lannée ou au contraire connaît dimportantes variations de son revenu. Un dispositif de gestion efficace ne devrait pas imposer les mêmes obligations déclaratives à ces différents publics : sans doute est-il possible de moduler la fréquence dactualisation des droits selon les caractéristiques des bénéficiaires.
Par ailleurs, on peut sinterroger sur la période de référence retenue pour le calcul des droits : doit-on retenir le mois m, le mois précédent, la moyenne des trois derniers mois, une moyenne mobile, etc. ? Cette question
liée bien entendu à la précédente
se pose avec une acuité particulière pour certaines catégories de bénéficiaires :
les travailleurs indépendants, les travailleurs saisonniers.En ce qui concerne les travailleurs saisonniers, on peut se demander si le rSa a vocation à solvabiliser les personnes décidant de ne travailler quune partie de lannée, éventuellement pour des rémunérations mensuelles importantes. En actualisant les droits sur la base des ressources perçues chaque mois, lintéressé bénéficie dun rSa à taux plein pour chaque mois non travaillé, quand bien même ses revenus annuels pourraient se révéler relativement élevés. A linverse, en actualisant les droits sur la base dune moyenne des ressources perçues au cours des mois précédents, on réduit les montants de rSa servis, invitant implicitement lintéressé à épargner les gains réalisés pendant la saison pour faire face à ses dépenses le reste de lannée.
La solution retenue devra limiter au maximum le montant des indus dont la récupération fragilise une population parfois déjà en grande difficulté.
source:premier-ministre.gouv.fr, Livre vert.rSa.

Rendre crédible léquilibre des droits et des devoirs