lapport des expérimentations
Le rSa est expérimenté depuis lété 2007 à lintention des allocataires de lAPI et du RMI. Lexpérimentation sadresse ainsi à un public plus restreint que lambition globale de la réforme.Quarante conseils généraux ont fait le choix de cette expérimentation et trente-quatre y ont déjà été autorisés. Ils sont représentés sur la carte ci-dessous :
Pour les départements qui expérimentent le rSa pour les allocataires du RMI, lEtat finance 50 % du surcoût engendré par lexpérimentation. Chaque département est libre de fixer son barème et son taux de cumul, ainsi que le champ des bénéficiaires concernés (seulement les bénéficiaires reprenant un emploi, ceux déjà en emploi au moment du démarrage de lexpérimentation…).
Les premiers retours de ces expérimentations, leur intégration au processus de construction du rSa ainsi que les conditions de leur évaluation sont présentés dans le Livre vert. Ils manifestent la diversité des choix locaux, en matière de construction des barèmes et de dispositifs daccompagnement. Leurs enseignements, en particulier sagissant de limpact du dispositif sur le retour à lemploi des personnes concernées et sur leurs revenus, sont capitalisés tout au long de lexpérimentation, grâce à un dispositif de collecte organisé pour les intégrer à la conception du rSa. Les conseils généraux, les représentants de lEtat, les caisses dallocations familiales et les caisses de mutualité sociale agricole qui expérimentent sont associés au processus en cours. Ils sont ainsi des coconcepteurs de la réforme.
Quarante départements ont fait acte de candidature pour expérimenter le rSa. Trente-quatre sont déjà autorisés à le faire et vingt-six ont effectivement démarré au 1er février. Ces décalages sexpliquent par la longueur du parcours institué par la loi organique pour encadrer des expérimentations dérogatoires au droit commun : plusieurs étapes scandent ainsi le parcours des expérimentations pilotées par les collectivités, de la déclaration de candidature à ladoption des délibérations fixant le régime juridique de la nouvelle prestation.
Dix départements expérimentaient effectivement le rSa en fin dannée 2007; on en compte seize de plus au 1er février 2008. Cinq, enfin, viennent darrêter le règlement dapplication du rSa qui va permettre de servir la prestation à partir du mois de février, les trois derniers commenceront au 1er mars.
Selon les dernières informations recensées, lexpérimentation sera ouverte au bénéfice de plus de 110 000 bénéficiaires du RMI résidant dans les territoires choisis par chacun des départements, correspondant, selon les cas, aux circoncriptions dune commission locale dinsertion ou de une ou plusieurs unités territoriales daction sociale. Ce choix dune zone géographique limitée a permis de désigner en regard un territoire témoin, dont les caractéristiques démographiques et au regard de lemploi sont les plus proches possible de celles du territoire dexpérimentation, selon une méthodologie validée par le Comité national dévaluation. Seuls deux départements, de taille limitée, ont fait le choix dune expérimentation conduite sur lensemble de leur territoire : la Haute-Corse et la Creuse.
La diversité des choix locaux a dabord pu sexercer en matière de barème du rSa et de définition des publics éligibles.
Les 31 règlements départementaux désormais publiés illustrent la diversité des options quant aux conditions déligibilité au rSa :
la moitié des départements ont choisi den ouvrir le bénéfice à lensemble
des bénéficiaires du RMI en situation demploi ou de reprise demploi,
quelles que soient le type de contrat (CDI, CDD, contrat aidé, formation
rémunérée), la durée, ou le type demployeur (association, entreprise).
huit ont préféré réserver le bénéfice de lexpérimentation aux seuls
bénéficiaires du RMI reprenant un emploi dans la durée de lexpérimentation –
parmi ceux-ci, le département de lAisne se montrant le plus exclusif pour
réserver lexpérimentation dun dispositif dérogatoire aux seules reprises dactivité
en contrat aidé –, cette restriction étant le plus souvent liée à la crainte
que le réexamen des droits au rSa des bénéficiaires du RMI dores et déjà
en activité, en nombre parfois important, ne vienne alourdir le démarrage
de lexpérimentation.
sept, enfin, ont choisi une solution intermédiaire consistant à rendre éligibles
au rSa outre les personnes reprenant une activité les allocataires dores et déjà
en emploi mais augmentant leur quotité de travail.On relève encore que moins dun tiers des départements (7/31) ont choisi décarter du bénéfice de lexpérimentation les bénéficiaires du RMI en reprise demploi en contrat aidé, la très grande majorité ayant choisi de servir la même incitation financière pour toute situation de reprise demploi, aidé ou non.
Le choix du barème de la nouvelle incitation financière a également mobilisé les conseils généraux et leurs équipes.
En dehors de lAisne (incitation forfaitaire), les départements ont porté majoritairement (pour 18 dentre eux, soit 60 % de lensemble) leur choix vers un barème du rSa identique à celui retenu par lEtat pour le «rSa-API», cest-à-dire permettant de cumuler au montant de lallocation initiale 70% de ses revenus dactivités. Ce choix majoritaire tient à des considérations multiples, parmi lesquelles lintérêt très pragmatique de servir une prestation similaire aux deux publics API et RMI sur le même territoire – par lintermédiaire dun même opérateur que constituent les CAF ou les CMSA
et lintérêt
de se rapprocher dun dispositif cible qui serait ainsi préfiguré.Douze cependant nont pas souhaité retenir cette proposition :
six ont choisi de retenir des taux de cumul différent (60 % pour 4 dentre eux,
65% pour les 2 autres) ;
six ont adopté un barème non linéaire, combinant deux taux de cumul différents
de part et dautre dun seuil défini par une quotité de temps de travail.
Pour certains, comme lEure ou la Seine-Maritime, le taux de cumul
est plus élevé pour les petites quotités de travail, et diminue après le quart
ou le mi-temps : laccent est alors mis sur la lutte contre la pauvreté ;
ces deux départements cherchent à permettre aux travailleurs les plus précaires,
au moyen du rSa expérimenté, de franchir rapidement le seuil de pauvreté.
Le taux de cumul samenuise au contraire vers les quotités de travail les plus
hautes pour que le rSa sannule autour dun SMIC temps plein. Pour les autres
(Bouches-du-Rhône, Creuse, Haute-Saône, Marne), la forme du barème
est inverse : le taux de cumul est peu favorable pour les petites quotités de temps
de travail, que les départements craignent alors de favoriser, et devient
supérieur pour les situations demploi généralement supérieures au mi-temps.
Le dispositif reste alors très voisin, dans son esprit, de lactuel intéressement.Les dispositifs daccompagnement dans lemploi ou au maintien dans lemploi constituent le deuxième volet des expérimentations rSa, tant en direction des publics RMI que des publics API
pour ces derniers, la prestation servie est cependant la même puisque
fixée par un décret national. Mais, au-delà dun accord de lensemble des territoires
dexpérimentation sur limportance de laccompagnement, la diversité des solutions
retenues reflète la variété des histoires et des politiques locales en la matière.Dune manière générale, les conseils généraux ont cherché à resserrer les liens opérationnels entre les nombreux services chargés de linsertion, sociale et professionnelle, des bénéficiaires de minima.
Lexemple le plus abouti est celui de la « plateforme unique daccueil », expérimentée dans le département de lEure parallèlement au rSa
mais sur un autre territoire –,
regroupant les différents interlocuteurs potentiels dun bénéficiaire (CAF, CPAM, ANPE…).
Le traitement des dossiers est passé dune moyenne de trois mois à une journée dans 95%
des cas pour le déclenchement dune aide ou lactivation dune prestation légale. Le nombre
de contrats dinsertion signés pour les bénéficiaires entrant dans lexpérimentation
est de 100 %, également 100% de CMU-C pour les nouveaux entrants contre 88% dans
le dispositif classique précédent. Devant le succès de cette plateforme unique daccueil,
la généralisation à lensemble du département se fera durant lannée 2008, dautres
départements sintéressant par ailleurs à cette démarche.Sans aller jusquà la formalisation dun lieu daccueil unique, dautres départements ont prévu que lentretien et le diagnostic socioprofessionnel à la base de laccompagnement individualisé soient conduits par un binôme constitué dun référent professionnel (ANPE) et dun référent social (CCAS, CAMS ou CAF) : cest le cas par exemple dans les Alpes-Maritimes.
Des outils dédiés contre les obstacles à lemploi
Outre laccent mis sur lindividualisation de laccompagnement et son orientation très directe vers le retour à lemploi ou le maintien dans lemploi, les départements mobilisent généralement des outils financiers complémentaires destinés à lever des obstacles à lemploi.
«Coup de pouce» (dans le cas de lAPI), « aide personnalisée à la reprise dactivité » (Val-dOise, Doubs, Allier, Calvados, Côte-dOr…) « fonds daide à la reprise demploi» (Creuse), «rSa+» (Nord, dispositif général activé sur la base dun diagnostic socioprofessionnel combinant aides financières individuelles et accompagnement spécifique) ou mobilisation des dispositifs de droit commun institués dans le cadre des plans départementaux dinsertion : lensemble de ces appellations manifeste la mise en place de dispositifs daccompagnement visant à permettre des solutions «sur mesure» en faveur du retour et du maintien dans lemploi. Leur mobilisation cible classiquement les principaux obstacles évoqués par les bénéficiaires : la mobilité, la garde denfants, mais aussi laide à léquipement professionnel pour les travailleurs indépendants, etc.
La mobilisation des entreprises et limplication des bénéficiaires
Enfin, la mobilisation des entreprises est apparue comme une question importante dans les expérimentations. Les équipes de terrain ont le plus souvent imaginé et mis en oeuvre des dispositifs dont le but est à la fois dêtre interlocuteur unique pour les entreprises qui emploieraient des bénéficiaires du rSa et dassurer le suivi des bénéficiaires une fois dans lemploi. Ces dispositifs sont parfois intégrés au service public de lemploi, parfois indépendants de celui-ci.
La mobilisation des entreprises se fait le plus fréquemment à loccasion du soutien dans lemploi : certains départements prévoient que lappui à lintégration professionnelle puisse être mené en liaison avec lemployeur, certains intégrant même lemployeur dans la contractualisation autour du bénéficiaire. Cest le cas du département du Gard, lequel a prévu que le contrat dinsertion signé par lallocataire à loccasion de son entrée dans le dispositif puisse être également signé par lemployeur.
Dans les Bouches-du-Rhône ou lHérault, la mobilisation des employeurs sarticule autour dun dispositif incitatif à laugmentation du nombre des heures travaillées : une aide financière dune durée de six mois est proposée par lHérault aux entreprises acceptant daccroître le nombre dheures travaillées dun bénéficiaires du rSa cependant que le département des Bouches-du-Rhône prévoit des rencontres entre référents et employeurs pour «évaluer les possibilités de transformation du contrat de travail à temps partiel en contrat le plus proche possible du temps complet » et « les aides complémentaires quil serait envisageable de mobiliser à cet effet ».
Dans la conduite des expérimentations, les conseils généraux ont presque tous été attentifs jusquà présent à impliquer les bénéficiaires du rSa. En plus des comités de pilotage de lexpérimentation, des réunions avec les bénéficiaires du RMI sont organisées mensuellement dans chaque département. Comprenant une quinzaine de bénéficiaires, elles ont pour vocation de comprendre, danalyser puis dincorporer dans le dispositif cible local les différentes problématiques quotidiennes auxquelles sont confrontés les bénéficiaires.
Au-delà de leur participation collective à la construction du dispositif, les bénéficiaires du rSa sont systématiquement invités à concrétiser leur engagement individuel dans lexpérimentation par un contrat ou un avenant au contrat dinsertion.
Au-delà de lanalyse qualitative empirique issue des premiers échanges avec les départements expérimentateurs, un processus dévaluation plus scientifique a été mis en place, sous légide dun Comité national dévaluation installé en juillet 2007. Il est composé de représentants des départements, de représentants des services de lEtat et de personnalités qualifiées en matière dévaluation de politiques publiques.
les membres du Comité national dévaluation
Les présidents des conseils généraux de Loir-et-Cher, Eure, Hérault, Vienne, Meurthe-et-Moselle, Val-dOise, Marne, Saône-et-Loire.
Les représentants des services de lEtat : Direction générale des collectivités locales, Direction générale de laction sociale, Centre danalyse stratégique, Direction générale du Trésor et de la politique économique, Délégation générale de lemploi et de la formation professionnelle, Direction de lanimation, de la recherche et des études statistiques, Direction de la recherche, des études, de lévaluation et des statistiques, Direction du budget.
Les organismes de sécurité sociale : Caisse nationale des allocations familiales, Caisse centrale de mutualité sociale agricole
Les personnalités qualifiées : François Bourguignon, Ecole déconomie de Paris, Pierre Cahuc, CREST, Marc Gurgand, EEP, Gilbert Lagouanelle, Secours catholique, Yannick LHorthy, Centre détudes de lemploi, Claude Martin, CNRS- ENSP, Elisabeth Maurel, UPMF de Grenoble, Eric Maurin, EHESS, Renée Thominot, comité des usagers dAngers, Jérôme Vignon, Commission Européenne.
Ce comité a plusieurs missions : appuyer les départements dans la conduite des évaluations locales, constituer un cadre comparatif densemble des expérimentations locales pour permettre une évaluation nationale, mettre en place des dispositifs dévaluation externe pour compléter les données issues des fichiers de gestion, enfin rédiger les rapports dévaluation soumis au Parlement.
Lévaluation sappuie sur une comparaison des effets du dispositif testé sur des territoires expérimentaux avec des territoires témoins le plus semblables possible.
Afin dobtenir un cadre comparatif densemble des expérimentations locales, le Comité national dévaluation a défini un socle commun dindicateurs statistiques concernant le contexte économique et social, les prestations mises en oeuvre, les crédits consommés, les caractéristiques des bénéficiaires, les résultats et les impacts des dispositifs.
Ces indicateurs sont renseignés à intervalles réguliers (mensuels, trimestriels ou annuels selon les cas) pour chaque territoire expérimental et chaque territoire témoin, dès le démarrage des expérimentations.
Une enquête quantitative viendra compléter les données statistiques issues des CAF/MSA et des conseils généraux. A partir de la comparaison dune population de bénéficiaires des mesures et dune population «témoin», cette enquête permettra de détailler les caractéristiques des bénéficiaires (niveau de formation par exemple), de connaître leur opinion sur les dispositifs dincitation au retour à lemploi et leur connaissance de ces mécanismes, de repérer le suivi, laccompagnement vers et dans lemploi dont ils font lobjet. La première vague dinterrogations aura lieu en mai 2008.
Une enquête qualitative auprès des acteurs sur la mise en oeuvre du rSa a lieu à partir de février 2008. Cinq départements vont faire lobjet dune analyse approfondie. Une autre enquête auprès des bénéficiaires aura lieu au printemps 2008. Enfin, une enquête sur la mensualisation aura lieu courant 2008.
Par ailleurs, il convient de signaler que la CNAF a lancé une démarche dévaluation concernant les expérimentations dans lesquelles les CAF sont engagées. Elle apportera un éclairage spécifique sur les bénéficiaires de lAPI ainsi que sur les modalités de mise en oeuvre de laccompagnement social et professionnel.
source:premier-ministre.gouv.fr, Livre vert.rSa.

Quest-ce que le rSa ?