les voies du succès
La création du rSa devrait permettre de contribuer à laccroîssement du niveau dactivité dans notre pays, ce qui mécaniquement contribuera à la baisse du taux de pauvreté. En effet, la France souffre dun taux demploi plus faible que ceux des autres grandes économies européennes (63,1 % des personnes de 15-64 ans sont en emploi, contre une moyenne européenne de 63,3 %, mais 73,1% aux Pays-Bas, 71,6% au Royaume-Uni, 65% en Allemagne). La France est à 7 points de lobjectif fixé à Lisbonne dun taux demploi de 70% dici à 2010. Le rSa devra également résoudre le problème du temps partiel subi : 30% des travailleurs souhaiteraient selon lINSEE travailler davantage.
La question du retour à lemploi des personnes les plus éloignées de lemploi a jusqualors été traitée comme une question à la marge, impliquant de mobiliser des dispositifs construits localement et peu connectés aux contraintes et aux besoins des entreprises. Le rSa peut contribuer à atteindre lobjectif de plein emploi en permettant à des personnes très éloignées de lemploi de retourner vers lactivité. Ce retour à lemploi, à condition quil ne saccompagne pas dune plus grande occurrence du sous-emploi (notamment de lemploi à temps partiel), contribuera à la croissance économique et à donner des marges de manoeuvre pour consolider notre modèle social.
Dautres mesures doivent être conçues, notamment dans le cadre du « grenelle de lInsertion », pour repenser les conditions dans lesquelles les entreprises sont incitées et valorisées pour embaucher les personnes les plus éloignées de lemploi. En particulier, la création du contrat unique dinsertion est loccasion de faire prévaloir une exigence de qualité et defficacité dans les dispositifs daide au retour à lemploi. Un autre enjeu prioritaire est de concevoir de nouveaux mécanismes pour stimuler linsertion professionnelle des jeunes.
Des mesures sont également nécessaires pour réviser les conditions daccueil en entreprise des salariés handicapés et de fonctionnement de lAAH. Augmenter le taux demploi des personnes handicapées est un impératif pour améliorer les revenus de ces personnes. Ces mesures seront discutées dans le cadre du comité de suivi de la politique du handicap.
Le gouvernement sest engagé à réduire la pauvreté dun tiers au cours du quinquennat. Aujourdhui, 7,1 millions de personnes vivent avec moins de 817 û par mois par unité de consommation (fin 2005). Si lobjectif est atteint, elles devront être moins de 4,7 millions à vivre sous ce seuil en 2012.
La stratégie pour atteindre cette cible a été présentée à loccasion de la journée mondiale de refus de la misère dans une communication en Conseil des ministres du 17 octobre 2007. Lobjectif est que le rSa puisse permettre de réaliser entre un tiers et la moitié du chemin par rapport à lobjectif fixé.
Cette démarche sinscrit pleinement dans la mobilisation de tous les membres du corps social prévue par la loi du 29 juillet 1998 dite de lutte contre les exclusions. Les interventions conjointes de lensemble des acteurs impliqués dans la lutte contre la pauvreté doivent permettre « de garantir sur lensemble du territoire laccès effectif de tous aux droits fondamentaux dans les domaines de lemploi, du logement, de la protection de la santé, de la justice, de léducation, de la formation et de la culture, de la protection de la famille et de lenfance 10 ».
Atteindre lobjectif nécessite donc une politique volontariste, fondée sur les leviers identifiés et une réforme de la gouvernance des politiques publiques, pour inscrire lobjectif de réduction de la pauvreté dans toutes les politiques publiques :
un tableau de bord sera constitué pour suivre la réalisation de lobjectif
de réduction de la pauvreté ; il permettra destimer leffet sur la pauvreté
des grandes réformes en cours ;
une procédure dalarme semestrielle sera créée à partir des données
associatives ou de celles des centres communaux daction sociale pour permettre
de répondre de façon réactive à des situations nouvelles.Il importe de favoriser lexpression des personnes concernées afin de vérifier que les objectifs répondent aux frustrations réelles et quotidiennes et daider à ce que la prise de conscience des différents interlocuteurs ne se nourrisse pas didées fausses sur la pauvreté. A cette fin sera créé un comité des usagers pour participer à ces travaux.
La stratégie de Lisbonne nintègre pas aujourdhui dobjectifs de lutte contre la pauvreté. Lors du lancement de cette stratégie en mars 2000, le Conseil européen a certes demandé aux Etats membres et à la Commission européenne de prendre des mesures susceptibles davoir un impact décisif sur léradication de la pauvreté dici à 2010. Mais le recentrage de la stratégie de Lisbonne depuis 2005 a conduit à labandon de cette dimension, qui ne figure pas dans les «lignes directrices intégrées» que le Conseil donne aux Etats membres pour la conduite de la stratégie. Pour compenser cette carence, le Conseil européen de printemps (7-8 mars 2007) a souligné que les objectifs sociaux communs des Etats membres devraient être mieux pris en compte dans le programme de Lisbonne, et «quil est nécessaire de lutter contre la pauvreté, en particulier la pauvreté des enfants, et contre lexclusion sociale et quil convient de donner à tous les enfants des chances égales. Il y a lieu daccorder une plus grande attention à linclusion active, autrement dit de veiller à garantir des ressources minimales suffisantes pour tous, tout en rendant le travail financièrement attrayant ».
Au moment de la création du rSa, la France assurera la présidence de lUnion européenne. La réforme qui sera engagée servira ainsi dargument supplémentaire pour faire de la lutte contre la pauvreté une dimension des objectifs que se fixent les Etats membres dans leur réforme des Etats providence. Cette évolution prendra tout son sens notamment par un processus entre Etats membres permettant de comparer lefficacité des stratégies entreprises pour garantir que le travail paie.
10 Article 1er de la loi No.98-657 du 29 juillet 1998 dorientation relative à la lutte contre les exclusions.
La Commission européenne a lancé en février 2006 une consultation sur une action à mener au niveau communautaire pour promouvoir linclusion active des personnes les plus éloignées de lemploi. Sur cette base, une communication a été publiée le 17 octobre, à loccasion de la journée mondiale du refus de la misère, à laquelle chacun est libre de répondre.
Ce processus doit aboutir dans les prochains mois à ladoption dune recommandation sur ce sujet qui révise une première recommandation de 1992. Ce document rappelle lexigence « dune aide au revenu suffisante qui permet aux personnes de mener une vie digne et dêtre liées au marché du travail grâce à des possibilités demploi ou à la formation professionnelle, mais aussi un meilleur accès à des services sociaux valorisants ». Dans ses propositions, la Commission exprime son souhait quun processus de travail se mette en place entre Etats membres sur ces questions.
Le rSa permettra à la France dy prendre une part active en même temps que dêtre une force de proposition. Les répercussions concrètes de ce processus peuvent être de plusieurs ordres :
permettre de comparer la performance des différents Etats membres dans la réduction
de la pauvreté, didentifier leurs marges daction et les bonnes pratiques ;
fournir un cadre de référence pour clarifier le statut juridique, au titre du droit
communautaire, dun certain nombre dopérateurs qui contribuent à linclusion active,
notamment dans le secteur de linsertion (insertion par lactivité économique, service public
de lemploi…) ;
inviter les partenaires sociaux européens à approfondir leurs discussions sur les conditions
de réglementation des contrats de travail précaire, notamment sur les contrats dintérim.source:premier-ministre.gouv.fr, Livre vert.rSa.

Supprimer les effets de seuil