rendre crédible léquilibre des droits et des devoirs
Ouvrir un nouveau droit implique de définir de nouveaux devoirs. La généralisation du rSa est loccasion de repenser les conditions dapplication de ce principe.Les évolutions de la législation et des pratiques depuis vingt ans nont pas permis de trancher entre une conception de linsertion comme devoir de la collectivité envers les plus démunis ou comme injonction au bénéficiaire et condition suspensive du bénéfice de la prestation.
Le tableau ci-contre illustre ce que pourraient être, en fonction des parcours proposés, les équilibres des droits et des devoirs du rSa.
| Pour qui ? | Quels droits ? Quels devoirs ? |
| Parcours 1 | |
| Les personnes exerçant une activité à temps plein ou à temps partiel choisi et qui nexpriment aucun besoin daccompagnement | Elles ne se voient proposer aucune prestation particulière et ne sont pas suivies par un référent. Symétriquement, ce parcours nest assorti daucune obligation particulière. Cependant, les personnes concernées peuvent à leur demande bénéficier du dispositif prévu dans le cadre du parcours 2. |
| Parcours 2 | |
| Les personnes en sous-emploi (ou en situation demploi précaire) | Elles se voient proposer des prestations optionnelles daccompagnement dans lemploi. Les personnes qui font le choix de bénéficier dune prestation daccompagnement dans lemploi ont lobligation, pour bénéficier de cette prestation, de respecter un contrat passé avec un référent. |
| Parcours 3 | |
| Les personnes sans activité professionnelle proches de lemploi |
Elles sont suivies dans le cadre du service public de lemploi. Ces allocataires ont un référent désigné au sein du service public de lemploi selon des règles définies au niveau départemental : opérateur issu de la fusion ANPE/UNEDIC, mission locale ou opérateur délégué. Ils ont droit à un plan daide construit sur le modèle de lassurance chômage comme un ensemble daides à la reprise demploi (aide à lemployeur; aide au mode de garde, aide à la formation). Un plan daide socle est construit au niveau régional sur les questions de formation. Il est complété au niveau départemental et, le cas échéant, au niveau municipal. LEtat pourra cofinancer, aux côtés des collectivités territoriales, ces dispositifs par voie de convention fixant des objectifs précis en termes de retour à lemploi des bénéficiaires. Dautres partenaires concourent à la construction du plan sur les thématiques où leur expertise est reconnue (modes de garde par exemple, pour les CAF et MSA). Les personnes qui sont suivies au sein du SPE (service public de lemploi) ont lobligation de rechercher activement un emploi comme tout demandeur demploi avec la logique de droits et devoirs correspondante. Elles seront donc soumises au même dispositif de responsabilisation que celui prévu dans le cadre du SPE. |
| Parcours 3 Bis | |
| Les personnes sans activité professionnelle plus éloignées de lemploi | Elles relèvent à la fois du service public de lemploi et dun dispositif daccompagnement mis en oeuvre par le conseil général sur le modèle déjà existant pour le RMI (contrat dinsertion permettant de prescrire des actions organisées dans le cadre dun programme départemental dinsertion) ou par les CAF sur les modèles existant déjà pour lAPI (contrat dengagements réciproques en faveur de lemploi et plan daccompagnement personnalisé). Lenjeu est dinscrire lobjectif de retour à lemploi au sein dune démarche globale centrée, en premier lieu, sur le traitement des difficultés de tous ordres (santé, mode de garde, parentalité, etc.) obérant à court terme les perspectives demploi de la personne. Celle-ci pourra par exemple, dans ce cadre dactions individuelles et collectives, bénéficier de prestations de remobilisation des capacités personnelles, dactions de préparation à lemploi (telles que celles que lAFPA met en oeuvre). Ces personnes signent un contrat dinsertion et ont lobligation de le respecter sous réserve de sanction. Elles ont un référent unique chargé de les accompagner et de coordonner lensemble des actions nécessaires à leur parcours vers et dans lemploi (mode de garde, aides facultatives, formation, stage dinsertion ou dimmersion dans lentreprise, recherche demploi…). La diversité des problématiques à traiter implique que ce parcours soit construit avec lensemble des partenaires dont, sur le territoire, lexpertise en ces matières est reconnue (CAF et MSA, SPE, associations, etc.). |
/ Cest sur cette base que la question de léquilibre à construire entre les droits et les devoirs pour les allocataires du rSa est soumise à la consultation :
Le rSa remplacera des allocations actuellement soumises à des obligations de contrepartie (le RMI) et des allocations octroyées sans contrepartie aucune (la PPE, lAPI). La question se pose par conséquent de savoir si le bénéfice du rSa doit être soumis à des contreparties et si, auquel cas, il peut être suspendu si ces contreparties ne sont pas respectées.
Construire une logique de droits et de devoirs viable impose de déterminer clairement le cadre dans lequel on se situe. Il existe des droits et des devoirs du citoyen, le devoir par exemple de respecter les lois civiles et pénales, celui de respecter lobligation scolaire, etc. Ces devoirs sont universels et ont peu de lien avec la prestation financière qui va être créée. Les devoirs qui sont en harmonie avec le rSa sont ceux liés à la recherche demploi, cest-à-dire le devoir de mettre tout en oeuvre pour améliorer ses revenus du travail et réduire le niveau de laide versée. Bien entendu, cela nimplique pas quil ne faille pas, dans un certain nombre de circonstances, tenir compte des problématiques non professionnelles de la personne : le retour à lemploi exige quil y soit apporté des réponses, préalablement à toute orientation professionnelle.
Pour être équilibrés, les droits et les devoirs doivent fonctionner dans une relation effective et crédible. Cela suppose de garantir leffectivité dans laccès aux droits et den contrôler lapplication. Cela suppose également de sanctionner le non-respect des devoirs de façon crédible. Pour cela, il faut notamment prévoir un petit nombre de sanctions et les mettre en oeuvre de façon graduée dans le cadre dune relation accompagnant-accompagné de qualité.
Comme on la vu le premier des devoirs pourrait être, pour les personnes qui sont sans emploi, dêtre inscrites sur la liste des demandeurs demploi. Pour ces allocataires du rSa, le dispositif de droits et de devoirs devra dans ce cas être étroitement lié à celui prévu dans le cadre de lassurance chômage. La question ne doit pas se poser dans des termes plus stricts pour les allocataires du rSa quen ce qui concerne le régime qui serait appliqué aux demandeurs demploi indemnisés (avec la question du refus de deux offres valables demploi). Sils ne peuvent pas être plus strictes, ils doivent pouvoir être moins strictes. A la fois dans lappréciation de leffort demandé et dans lapplication dune mesure négative, compte tenu du fait quil existe un niveau plancher du rSa et un niveau de revenu en dessous duquel (sauf en cas de fraude ou le cas échéant de mauvaise volonté manifeste) il est difficile de descendre.
Une question particulière concerne lapplication de la logique de contrepartie aux personnes qui nont pas dautres ressources que le revenu minimum garanti. Deux principes peuvent être posés :
la logique de droits et devoirs ne doit pas entrer en contradiction avec
laffirmation dun droit universel du citoyen à un filet de sécurité minimum.
Cela ne signifie pas que les personnes sans ressources ne sont sujettes
à aucun devoir, mais que la sanction du non-respect de ces devoirs ne peut
avoir des répercussions financières que dans la limite de la conservation
dun revenu minimum.
le principe précédent ne doit pas conduire à linaction, et de nouvelles formes
de contreparties doivent être inventées.Plusieurs options sont possibles :
attacher une éventuelle sanction à linscription dans un parcours particulier
avec un avantage supplémentaire lié à la recherche active dun emploi ;
cest par exemple lidée du rapport de la commission présidée par Jacques Attali,
qui consiste à indemniser les chômeurs des efforts réalisés pour chercher
activement un emploi ;
ne pas remettre en question le droit à un revenu garanti, mais conditionner
lexercice de ce droit à la réalisation dune procédure dactivation ;
cette procédure pourrait consister en la réalisation dune activité publique,
la reprise dun emploi aidé, dune formation rémunérée ou dune procédure
daccompagnement à la reprise demploi (stage AFPA de préparation à lentrée
en emploi, évaluation en milieu de travail de lANPE, bilan de compétences,
actions de qualification, actions de redynamisation permettant au bénéficiaire
de se réinscrire dans une logique dinsertion professionnelle…) selon
des modalités définies par le conseil général ou la CAF et la CMSA.Pour que cette procédure dactivation fonctionne, un certain nombre de préalables semblent devoir être réunis :
lactivité proposée par le référent de lallocataire doit être immédiatement
et effectivement disponible. Elle constitue pour lui un droit ;
des procédures doivent être prévues pour sen assurer et soumises
à un contrôle externe dans lequel les allocataires du rSa sont impliqués ;
la procédure dactivation ne doit pas réduire les possibilités demploi
dautres personnes en recherche demploi. En particulier, lorsque lactivation
conduit à lexercice dactivité publique ou de contrats aidés, le conseil général
doit sassurer quil sagit demplois nouveaux;
enfin, la rémunération des activités professionnelles (emploi et contrats aidés)
réalisées doit prendre la forme dun salaire, complété par des cotisations
sociales ouvrant des droits pour la personne à la protection sociale.En quelque sorte une partie du rSa ne serait effectivement versée, sous forme de salaire, quaprès la réalisation de lactivité de retour vers lemploi. Pour éviter un effet de concurrence de ce type dactivité avec les emplois dont a besoin de façon structurelle la collectivité publique et pour assurer que ces mécanismes contribuent à la sécurisation professionnelle des personnes considérées, le principe devrait être posé que ces activités dintérêt général sont considérées comme des activités salariées, faisant lobjet de cotisations sociales.
Par ailleurs, ces dispositifs impliquent de définir plus précisément les contours de la notion «doffre valable demploi » pour les personnes en recherche demploi. Cest un enjeu qui relève des partenaires sociaux, dans la suite de laccord national interprofessionnel du 11 janvier 2008.
source:premier-ministre.gouv.fr, Livre vert.rSa.

Accompagner les allocataires du rSa vers lemploi de qualité